JE SUIS HANNAH BAKER

by - 21 mai

 [MON TÉMOIGNAGE SUR LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE]


[AVERTISSEMENT] - Je vous préviens d'office, je n'avais pas envie de faire dans la dentelle. Le harcèlement à l'école est un sujet bien trop important à mes yeux... Mes propos peuvent heurter les personnes sensibles. Pour ma part, c'est le laissez-faire qui me choque... Choisir de ne pas agir quand on en a connaissance, c'est de la non assistance à personne en danger que ça vous plaise ou non.

L'adolescence n'est facile pour personne. Mais, pour certains, elle est plus difficile que pour les autres. Chaque année au moins 1 élève sur 10 est victime de harcèlement. AU MOINS! J'avais à coeur d'en faire mon prochain sujet car cela me concerne directement et comme je vous l'expliquais dans ma série "Désorientation professionnelle", le métier que j'ai choisi pour ma reconversion professionnelle n'y est pas étranger. 

Pour ma part, j'ai réussi à prendre le recul nécessaire par rapport à mon vécu mais chaque personne réagit différemment et, pour certains, je sais que la guérison est difficile. Oui, je parle de guérison car c'est bien d'une blessure profonde dont il s'agit. Insidieuse et invisible... 

Au début, je témoignais partout où je le pouvais pour exorciser ce mal-être... Aujourd'hui, si je continue, c'est essentiellement pour réveiller les consciences. Je voudrais que chaque enfant et chaque adolescent puisse aller à l'école sereinement, que leur cadre de travail et de vie soit le plus favorable possible afin qu'ils puissent se construire de manière équilibrée.  

Avec le temps, certains ont tendance à oublier à quel point l'adolescence est une période sensible... Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des personnes dire que c'était pareil à leur époque et qu'ils n'en sont pas morts... Le genre de phrase qui me fait sortir de mes gonds en fait... Sous prétexte qu'ils l'ont vécu, ils en sont presque à considérer ça comme étant normal... Sans déconner? Si vous avez été battu dans votre enfance, vous allez battre votre gamin tant qu'on y est? NON!!! - Il y a aussi ceux qui minimisent genre "Oh c'est bon, y'a pire dans la vie"... Ah mais oui, il y a toujours pire mais quand votre gosse aura décidé que sa seule échappatoire c'est la mort, je ne suis pas sûre que vous penserez la même chose. Bref...

Le harcèlement peut prendre différentes formes mais reste la même souffrance pour celui qui en est victime. Ce n'est pas parce qu'il ne s'agit pas toujours de violence physique que ça ne fait pas mal. Je vous dis ça parce que je me rappelle m'être confiée à ma prof principale au collège à la suite d'une énième humiliation publique... Elle m'avait répondu que ma réaction était disproportionnée...
Oui, parce que cracher du chewing-gum dans mes cheveux était, selon elle, une gentille petite blague de potache. Sauf que la blague a duré deux longues années en 6ème et 5ème.

Pour être parfaitement honnête, j'ai oublié une bonne partie des railleries et humiliations, c'est presque comme si mon cerveau les avait effacé pour me protéger... En revanche, ce dont je me souviens très clairement, c'est de cette peur perpétuelle, de cette boule au fond de ma gorge qui finissait par m’étouffer...
Certains jours, je n'avais plus la force de lutter alors je restais chez moi avec cette pensée qui me rassurait: "Au pire, je peux toujours me suicider..."

Pourtant tout avait bien commencé pour moi. En maternelle, je fréquentais une petite école de campagne... Etant fille unique, c'était avec une grande joie que je me rendais à l'école pour retrouver mes camarades... Je savais déjà lire, compter et écrire mais j'aimais surtout l'école pour être avec les autres enfants.

Mon petit train-train s'est vu complètement bouleversé quand, quelques semaines avant mon entrée en C.P. mes parents m'ont annoncé qu'ils ne s'aimaient plus et qu'on ne vivrait plus jamais tous les trois.

Nous avons donc déménagé en ville... Je me sentais déjà perdue dans cette nouvelle vie. J'étais toujours seule dans cette grande école où tous les élèves se connaissaient déjà... Par chance, j'ai rencontré une autre petite fille un peu isolée et nous sommes devenues amies. J'apprenais tellement vite que bien souvent, je m'ennuyais en classe et, pouvant apparaître comme "inattentive" aux yeux des professeurs je me faisais régulièrement réprimander... "Nina, arrête d'être dans la lune"... Ce qu'ils ne savaient pas, c'était que j'étais bien loin d'être dans la lune même si, leur leçon me semblait effectivement déjà bien désuète. Enfin, je pense qu'ils auraient pu le deviner car mes notes le démontraient assez clairement... De fil en aiguille, les relations avec les autres enfants se sont tendues, je comprends que je devais les agacer avec mon comportement de Mademoiselle je-sais-tout, alors j'ai fini par me taire, m'isoler du reste du groupe. Je commençais déjà à ne plus aimer l'école... Non seulement je m'ennuyais, mais en plus, les autres ne m'aimaient pas.

Je croyais que l'entrée au collège allait me permettre un nouveau départ. Je me trompais lourdement... Ce fût le début d'une grande descente aux enfers. Puberté oblige, mon corps était devenu une espèce de chantier... De l'acné très sévère avait décidée de s'installer sur mon visage tandis que les autres filles restaient incroyablement jolies et minces... C'est à cause de cette différence physique que tout a commencé. Comme je vous l'expliquais, je ne me rappelle pas grand chose si ce n'est que, chaque jour, je subissais différentes brimades et moqueries... On me disait " salut, la grosse", "la vache qu'est ce que t'es moche", "t'es dégueulasse"... Une fois, je me suis même pris un coup de pied gratuitement en plein cours d'E.P.S.... Réaction? Moi aucune, j'étais trop sonnée. Le prof a feint de ne pas le voir.
Quant aux autres, sûrement parce que les mots ne leur suffisaient plus pour exprimer leur haine, ils décidaient d'utiliser de nouveaux supports... Les téléphones portables commençaient à être munis d'un appareil photo, ce qui poussait certains élèves à prendre en photo la bête de foire que j'étais devenue. Je considère que j'ai eu la chance que l'ère du numérique n'en soit qu'à ces prémices. Aujourd'hui, nombreuses sont les victimes d'une exposition non désirée mais surtout, elle n'ont plus aucun instant de répit. Pour ma part, quand je rentrais chez moi, je me sentais malgré tout en sécurité... À une époque hyper connectée comme maintenant ce n'est plus possible. Il n'y a pas de bouton pause...

Toutefois, il y avait aussi des conséquences à la maison... Je me jetais sur la nourriture comme un animal affamé, je mangeais des tonnes de bonbons et autres biscuits en cachette tandis que je me murais de plus en plus dans un silence profond. Je finissais par ne plus rien sentir d'autre qu'un immense vide et je tenais précieusement cachée dans ma chambre la clé de ce que je croyais être ma libération - Méthodique, j'avais préparé un cocktail de divers médicaments dont je savais que la combinaison serait létale...

Par miracle, j'ai fini par m'en sortir avant qu'il ne soit trop tard. D'abord, avec l'aide de mes parents mais aussi, parce que mes camarades ont fini par se lasser. Leur jouet préféré était cassé. Assez vite, j'ai repris le contrôle de ma vie mais, encore une fois, j'ai eu la chance, d'avoir certaines facilités à l'école car mon absentéisme n'avait pas affecté mon niveau et cela m'a permis de passer dans les classes suivantes sans problème. Petit à petit, j'ai repris le contrôle de mon corps en perdant du poids puis en consultant un dermatologue. J'ai repris confiance en moi quand enfin, tous les efforts que j'avais accompli faisaient de moi celle que j'avais toujours voulu être.

Je suis plus qu'heureuse de ne pas avoir commis ce geste irréparable car je serai passée à côté de cette vie formidable qui me tendait les bras. Souvent, quand on est pris dans cette spirale infernale, on est comme absorbé, on ne parvient plus à prendre du recul. Il est important de se faire aider... Mais, pour se faire aider, il faut d'abord être entendu... De mon expérience personnelle, ce qui m'a le plus marqué c'est le manque d'implication de ceux qui ont pourtant été les premiers témoins de ma situation... Au collège j'ai tenté de demander de l'aide autour de moi à certains professeurs notamment mais, aucun ne semblait savoir quoi faire... Ils minimisaient ma situation ce qui avait l'effet inverse de l'apaisement qu'ils espéraient sûrement. Dire que je ne leur en veux pas serait faux même si je m'efforce de me mettre à leur place. D'une part, ils n'étaient pas formés pour savoir quelle réaction ils devaient adopter face au harcèlement à l'école, d'autre part, je n'ai peut-être pas été assez claire sur la gravité de mon état. A force de constamment tacher de faire bonne figure, je finissais par faire complètement illusion.

Aujourd'hui, je constate avec soulagement que l'éducation nationale a mis l'accent sur la prévention du harcèlement scolaire en mettant à disposition des outils à l'attention des professeurs, des parents et des élèves. C'était plus que nécessaire...
Pour ma part, j'ai décidé d'en faire un combat de tous les jours en choisissant mon nouveau projet professionnel.

Concrètement, je pense que la meilleure des solutions contre le harcèlement scolaire c'est le dialogue. Former les équipes éducatives, sensibiliser les parents et les élèves est un bon début. Pour aller plus loin, je pense qu'il faut favoriser la cohésion des élèves. Leur apprendre à travailler ensemble, à vivre ensemble en respectant les différences de chacun. Dès le plus jeune-âge en instaurant des travaux de groupe par exemple ou par le biais du jeu, d'énigmes à résoudre ensemble... On pourrait aussi imaginer des groupes de parole... Il y a beaucoup de possibilités en la matière et je crois qu'il faut continuer dans cette voie.


http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/















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2 commentaires

  1. Je ne sais même pas quoi dire tellement ton article est touchant... Ça m'attriste tellement cette méchanceté gratuite et de savoir que certains enfants en soient victime sans que personne ne soit là pour eux à l'école... C'est vraiment courageux de ta part et tellement important d'en parler ! Tu seras exceptionnelle dans ton nouveau métier et tu en aideras beaucoup je suis sûre :)

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    1. Merci ma belle, excuse moi de te répondre si tard... C'est particulier de se confier à ce point. Mais au final, je pense que c'est important autant pour moi que pour les autres. J'espère que le phénomène régresse... Mais si je dois y être confrontée, je suis prête!

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